Fidélité des donateurs malgré la crise

Publié le par Lu

Vous trouverez ci-dessous l'interview de Jacques Malet, président de l'association Recherches et solidarités,
publiée sur lemonde.fr le 30/11/2009, qui vient de
publier son 14e bilan annuel de "La générosité des Français".

Un entretien intéressant qui laisse à penser que la crise aurait davantage un effet psychologique que réel sur la générosité des Français.

La générosité des Français dépend-elle de la conjoncture économique ?

Non. En 2008, alors que la crise était déjà là, l'augmentation du volume des dons a été de 4,7 %, un peu mieux qu'en 2007 (4,5 %), si on extrapole les données recueillies auprès de notre panel de cent trois associations et fondations.

On ne constate pas non plus d'accélération en période de forte croissance. Il s'agit donc d'un mouvement de hausse progressive. En gros, en dix ans, on est passé de 22 % de Français faisant des dons à 24 %. Soit environ un sur quatre, ce qui est peu, quand on sait que seulement un Français sur quatre n'a pas les moyens de donner...


A quoi s'attendre cette année ?

Sur la première partie de 2009, les associations ne font pas état d'un recul trop préoccupant. Mais il faut savoir que, sauf grande catastrophe, une grande partie des dons a lieu en fin d'année.

Or, selon notre étude effectuée en septembre auprès de 4 300 donateurs, 38 % d'entre eux pensent donner moins cette année. Certains sont réellement en difficulté en raison de la crise, mais pour d'autres, celle-ci a surtout un effet psychologique : on peut donc espérer un sursaut de leur part. D'autant qu'il a eu lieu l'an dernier : 27 % des donateurs pensaient alors donner moins, mais les dons ont finalement augmenté. Enfin, certains de ceux qui pensent donner moins d'argent envisagent de donner sous une autre forme (vêtements, nourriture) ou pour "donner du temps et aider concrètement". Toutefois, au final, les dons risquent de ne pas être à la hauteur des besoins.

Constate-t-on, avec la crise, un "repli" du don pour l'aide aux personnes en difficulté en France ?

Deux donateurs sur trois donnent à plus d'une association. En 2008, pratiquement toutes les causes étaient en progression, y compris celles de solidarité internationale. Ce qui montre bien l'intelligence et la fidélité des donateurs.

Les récentes critiques de Pierre Bergé sur le Téléthon, qui a lieu cette fin de semaine, risquent-elles selon vous de diminuer les dons ?

Malheureusement, chaque fois qu'il y a des critiques, cela a un impact... Et celles-ci ont été lamentables, et fausses. D'autant que le Téléthon apporte de nouveaux donateurs, notamment des jeunes mobilisés par leurs associations sportives.

Quant à la proposition de Pierre Bergé de mutualiser les dons en faveur de la recherche, elle me semble une fausse bonne idée : les gens donnent à un projet, ils sont de plus en plus actifs dans leur démarche.


Quelles sont vos conseils aux associations pour collecter au mieux ?

Les donateurs sont largement devenus des "donacteurs" : 90 % d'entre eux déclenchent leur don après une mûre réflexion, plus de 70 % veulent une présentation claire de l'association, et plus des deux tiers y restent ensuite fidèles. Les associations doivent donc être proches de leurs donateurs, leur donner un maximum d'informations sur leurs projets et leurs résultats, notamment par Internet, qui permet une grande interactivité tout en faisant l'économie des envois de courriers.
Propos recueillis par Claire Ané

Publié dans Actu & Evénements

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